A la découverte d’une espèce en voie de disparition.

La semaine dernière, j’étais convié à une journée de sensibilisation sur la mulette perlière, une espèce de bivalve en danger critique d’extinction, organisée par la Fédération de pêche 61 et le CPIE Collines Normandes en collaboration avec le Parc Régional Normandie Maine. Cette espèce de bivalve emblématique des rivières acides et de bonne qualité est présente sur trois rivières du département de l’Orne à savoir le Sarthon la Rouvre et la Halouze. Pour la petite anecdote, l’aire de répartition de cette espèce correspondait à celle du saumon atlantique.

une coquille vide de Margaritifera margaritifera..
petite présentation de l’espèce avant d’aller sur le terrain.

Il faut savoir que pour accomplir son cycle, les larves de moule doivent se fixer sur les branchies d’une truite fario ou d’un saumon et qu’ensuite elles se laissent tomber et s’enfoncent dans le substrat pour en ressortir plus tard. La longévité de cette espèce est remarquable. D’après les estimations, les individus encore présents sur les rivières ornaises ont au minimum 80 ans… autrement dit, depuis 80 ans, il y a quelque chose qui bloque!

Le but de cette journée sur le site Natura 2000 du Parc Régional était, d’une part de sensibiliser les pêcheurs au sujet de cette espèce et aussi, de capturer des truites et de regarder si elles avaient des larves sur les branchies.  Des pêcheurs des deux AAPPMA du Sarthon étaient au rendez vous sur la commune de la Roche Mabile pour mieux connaître cette espèce qui vit dans “leur” rivière.

Maria, la spécialiste du CPIE enseigne aux pêcheurs comment détecter la présence de larves.

Sur une grosse vingtaine de truites capturées une seule avait des larves sur les branchies. C’est le signe encourageant qui atteste que les moules se reproduisent encore.

Il semble que le problème majeur survienne pendant l’étape suivante. En effet, une fois qu’elles quittent la truite, les larves s’enfouissent dans le substrat. Un substrat colmaté par des particules fines risque d’asphyxier les moules en devenir. Pour comprendre un peu mieux ce qui se passe, de jeunes moules produites en Bretagne vont être placées dans des “bigoudis” sur ces rivières pour voire si elles vont survivre.

un bigoudi dans lequel des jeunes poules seront placées.

Si vous pêchez une de ces rivières et que vous voyez un fil jaune dépasser du substrat, laissez le en place s’il vous plait. Dans le cadre de cette expérience et pour la préservation des derniers individus, il est demandé aux pêcheurs de ne pas marcher dans l’eau sur ces secteurs test qui seront matérialisés par des panneaux. La pratique de la pêche en marchant dans l’eau reste autorisée sur la Rouvre à partir du 1er mai et du 20 mai sur le Sarthon. Si nous voulons continuer à pratiquer notre passion dans ces conditions, il nous appartient de respecter ces secteurs en sortant du lit sur les secteurs matérialisés. Ne pas les respecter, c’est prendre le risque qu’à l’avenir nous ne puissions plus pratiquer les pieds dans l’eau. Inutile de vous dire qu’une fois la végétation rivulaire développée, la pratique de certaines portions depuis la berge est quasi impossible.

l’équipe du jour.

On ne peut que se féliciter de ce genre d’initiatives qui visent à préserver des espèces emblématiques de nos cours d’eau. Néanmoins, je me permets d’émettre des doutes quant à la réussite des ces opérations. En effet, nos rivières sont de plus impactées par une agriculture en pleine intensification. J’en veux pour exemple les modifications du paysage rural sur les communes avoisinant les deux cours d’eau en question. Quand je vois le nombre de haies et de prairies qui ont sur ces deux bassins versants laissé place à des champs cultivés ces dernières années, je me demande comment réagira cette espèce sensible face à une augmentation des particules fines liées à l’érosion des sols et aussi à l’augmentation des concentrations en pesticides et fongicides dans l’eau.

L’eau de la Rouvre était déjà au dessus des normes de potabilité vis à vis de l’atrazine il y a de cela dix ans, ce n’est pas avec les modifications observées sur les communes d’Athis, Bréel, Notre Dame du Rocher, etc que les choses vont changer malheureusement. Pour ce qui est des particules fines dans cette région avec un relief marqué, elles étaient déjà problématiques et bien elles le seront encore plus! De même, je ne comprendrais jamais que l’on ait pas préservé le ruisseau de la Coulandre. Un des derniers qui était en bonne santé. Rassurez vous les parties humides aval sont désormais plantées en peupliers, la ripisylve rasée et les parties un peu sèches plantées en résineux. A deux pas du CPIE et à la limite du site Natura 2000, je me demande encore s’il faut en rire ou en pleurer…

Une pêche électrique sans électricité mais rassurez vous le courant est bien passé.

Le Sarthon n’échappe pas à ce phénomène d’intensification agricole, le plateau entre Longuenoê, Saint Ellier les Bois et Rouperroux a connu les mêmes transformations. L’autre menace pour le Sarthon réside dans le manque d’eau. Cette rivière que je connais depuis que je suis gamin, n’est plus que l’ombre d’elle même. Ce qui l’a préservé jusqu’à présent c’est la proximité de la forêt d’Ecouves et le fait qu’une partie de ces affluents en provienne. Le drainage à l’aide de fossés et la plantation de résineux sur les tourbières ont diminué le rôle “d’éponge” qu’avaient ces zones. La surexploitation du massif depuis un moment a pour conséquence de diminuer la quantité d’humus et par conséquent la quantité d’eau que peu retenir le sol. Les captages dans les nappes ne sont pas sans conséquence. La Plesse, un affluent du Sarthon s’est trouvé asséché sur 3,5km, pour la première fois de mémoire d’homme, suite à l’installation d’un forage. Les pêcheurs ont porté plainte. La plus grande menace pour les moules du Sarthon, ce sera dans un futur proche : le manque d’eau!

Au vu de cela, il me semble important que les décideurs politiques comprennent rapidement que pour préserver une espèce comme la moule perlière il faut envisager de changer les choses à hauteur du bassin versant. Sans cette vision globale toutes les décisions ne seront que poudre aux yeux. C’est une bonne chose de sensibiliser les pêcheurs et je suis pour à 200%. Mais ils sont, sans le moindre doute, ceux qui font déjà le plus de choses concrètement sur le terrain. A titre d’exemple, l’AAPPMA de la Roche Mabile est en gestion patrimoniale. Les parties amont de ces cours d’eau sont en réserve pour préserver au maximum les zones de reproduction. Ces mêmes petits cours d’eau que l’on a “recalibré”  à grands coups de pelleteuse dans les années 70-80… Ces dernières années les pêcheurs  ont investi pas moins de 250 000 euros sur le Sarthon dans divers travaux allant dans le sens de la préservation de la qualité de l’eau. La population de truites sur le Sarthon a augmenté une bonne nouvelle pour les pêcheurs mais aussi pour les moules!

Sur la Rouvre les saumons reviennent de plus en plus nombreux pour se reproduire, ils seront peut être les seuls capables de décolmater suffisamment le substrat pour l’aérer afin que les jeunes moules survivent.. C’est au total 3 159 000 euros d’aides de l’Agence de l’eau qui ont permis les effacements et aménagements des ouvrages de l’Orne de et la Rouvre pour assurer le retour des poissons migrateurs mais également améliorer la qualité de l’eau et la fonctionnalité du milieu. Si ces opérations sont financées à 100% par l’Agence, les Fédérations de Pêche en sont bien souvent à l’initiative et rémunèrent les techniciens pour assurer le conseil, le suivi et le bon déroulement de ces opérations.

La pêche n’est peut être qu’un loisir, mais les pêcheurs sont de loin ceux qui investissent le plus de temps et d’énergie pour préserver un bien précieux qui appartient à tous et à personne à la fois : l’eau. Sans eau pas de vie mais une eau polluée peut aussi engendrer des maladies voir la mort. Restreindre sans cesse les pêcheurs dans l’exercice de leur passion c’est prendre le risque qu’ils s’en détournent et qu’à terme plus personne ne se préoccupe de la qualité des ressources en eaux et des milieux aquatiques.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur la moule perlière un petit lien vers une plaquette réalisée par la Parc : http://www.parc-naturel-normandie-maine.fr/upload/document/Plaquette_natura_Sarthon.pdf

Sur ce, je vous dis à bientôt au bord de l’eau.

4 thoughts on “A la découverte d’une espèce en voie de disparition.

  1. Salut Gael
    merci pour cet article qui montre encore une fois que si un élément de la chaîne était amené à disparaître,ce serait d’autres espèces qui seraient menacés .
    Mon frangin m’a raconté cette belle journée et m’a dit que l’on pourrait se voir courant juin pour une partie de pêche ensemble.
    Ce serait avec plaisir de découvrir ce magnifique poisson à tes côtés comme tu nous à fait découvrir le sandre il y a maintenant quelques années.
    A bientôt
    Seb

    1. Salut Seb,
      et oui tout est lié et nous n’échappons pas à la règle.
      Se sera un plaisir de vous emmener découvrir nos belles truites de mer.
      A bientôt
      Gaël

  2. c est beau de rêver habitant le nord Sarthe je ne peux que constater que nos rivières deviennent des déserts sans vie et ce n est pas nos écolos qui vont contrer cela le fric avant tout pesticides et engrais a outrance détruisent autant les insectes que les animaux mais on préfère interdire l accès au rivières aux pécheur qui sont les premiers a constater les dégâts comme ça plus de problèmes la pèche en France a très peu d avenir si on continue dans ce sens

    1. Bonjour Emmanuel,

      et oui le constat est bien triste. C’est à nous les consommateurs et citoyens qu’il appartient de choisir ce que nous consommons et comment nous le faisons. Même si je ne suis pas optimiste j’aime à penser que petit à petit les choses changent.
      A bientôt peut être eau bord de l’une des rivières encore poissonneuse.
      Gaël

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